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14. Vents contraires (3 : sur les réseaux sociaux)


Depuis 2020, nous communiquons sur les réseaux sociaux, via notamment les comptes du PEROU sur Twitter, Facebook et Instagram. Des articles de presse sont en outre parus au fur et à mesure des étapes de conception du Navire Avenir, sur des supports en ligne, mais aussi dans divers quotidiens papiers ayant reproduit leurs publications sur Internet (Libération, Le Républicain Lorrain, La Marseillaise, La Provence, Ouest-France, etc.). Ces publications ont donné lieu à un certain nombre de commentaires, et quelques messages privés, chaleureux souvent, critiques parfois, voire particulièrement vindicatifs. Voici un florilège des messages les moins chaleureux, mais non sans intérêt, ainsi que les réponses que nous avons parfois publiées, ou parfois seulement « ruminés » pour ne pas alimenter un dialogue qui risquait de ne pas pouvoir le devenir. (Images : Elsa Ricq-Amour)




Intervention 1 :

C'est donc une agence de voyage financée par les contribuables !


Réponse :

Entre 2015 et 2022, ce sont 455 millions que le contribuable européen a affectés à la Libye, par l'intermédiaire du Fonds fiduciaire d'urgence de l'UE pour l'Afrique, pour financer en particulier la gestion des migrations et des frontières. Une part de cette somme colossale a servi à équiper les gardes-côtes, et à les doter notamment de trois nouveaux navires de patrouille. Ces investissements ont servi à contrôler, terroriser, enfermer, tuer, comme le détaille le dossier de plainte déposé le 22 novembre dernier par le Centre Européen pour les droits constitutionnels et humains auprès de la Cour Pénale Internationale. Nous autres contribuables finançons donc aujourd'hui, à hauteur de centaines de millions d'euros, des équipements nécessaires à des opérations criminelles ayant fait de la mer Méditerranée la frontière la plus meurtrière au monde. Avec le PEROU et ses alliés, nous essayons de lever des forces, financières notamment, pour qu'un terme soit mis à cette guerre. Nous avons levé 142 000 euros en trois ans. Ces financements obtenus de diverses institutions culturelles et programmes d'aide à la création ont permis de dessiner le Navire Avenir, conçu d'abord comme un hôpital flottant. Sa réalisation coûtera 27 millions d'euros, que nous lèverons d'abord auprès de citoyennes et citoyens européens qui ne veulent plus que, avec leurs deniers, des meurtres soient commis à nos frontières. Des acteurs publics suivront, nous l'espérons, pour mettre fin à la guerre que nous, Européens, conduisons aujourd'hui contre des hommes, des femmes, des enfants qui fuient l'invivable. Le Navire Avenir est un outil d'intervention en situation de crise, il n'a malheureusement rien d'une joyeuse attraction touristique.


Intervention 2 :

J'espère vraiment que c'est un poisson d'avril, parce qu'autrement c'est un scandale ! Comment envisager la construction d'un bateau pour aider à l'envahissement de la France et de l'Europe, sans consulter la principale population concernée, c'est-à-dire nous ?


Réponse :

Vous avez raison : nous sommes une partie de la principale population concernée, nous autres Européens. Nos enfants sont aussi une des principales populations concernées : ils connaîtront ici en France, comme ailleurs dans le monde, des mouvements migratoires extraordinaires liés notamment à un choc climatique dont nous ne prenons toujours pas la mesure. La principale population concernée est constituée de nous toutes et tous, y compris donc celles et ceux qui connaissent et connaîtront l'exil, y compris donc certains de nos enfants. C'est à cette population entière que nous pensons obstinément quand nous créons ce navire, outil pionnier de sauvetage en haute mer qui sauvera des vies en Méditerranée et ailleurs. Si nous sommes envahis par quelque chose, c'est par le péril qui n'a pas de frontière et qui frappe déjà à tous les endroits de la planète. Il n'y a pas d'autres manières de rendre habitable ce monde à venir que de créer les conditions d'une hospitalité d'envergure, radicale, ici comme ailleurs, et des navires qui serviront à toutes et tous. S'y opposer, c'est non seulement refuser de sauver, mais c'est aussi refuser de se sauver.


Intervention 3 :

Ce n’est pas du low cost, mais la forme moderne, « progressiste » et vertueuse de la bonne vieille traite des noirs. À 3 000 euros pièce, prix de base d'une traversée, une cargaison de 370 « migrants » rapporte plus d’un million d’euros aux passeurs. C’est mieux que la prostitution et le trafic de drogue, d’autant qu’on peut cumuler.


Réponse :

Ce sont les polices aux frontières, les murs, les barbelés qui font monter les prix du passage : au plus l'Europe est inaccessible, au plus passer est un luxe. Construire des navires, faire tomber les murs et les barbelés, c'est lutter contre le crime organisé, auquel vous contribuez aujourd'hui avec vos impôts. En 7 ans, par l'entremise de l'Union Européenne, nous et vous avons versé 455 millions aux garde-frontières Libyens notamment qui interceptent les embarcations, qui rendent donc le passage plus luxueux encore et en font monter le prix, et offrent aux passeurs toujours de nouveaux clients.


Intervention 4 :

Je ne suis vraiment pas raciste, et il faut comprendre que les Français, qui ont beaucoup accueilli, ne veulent plus : on a pris notre part comme le demandait Rocard, nous n'avons vraiment plus les moyens d'accueillir. C'est terrible même de construire un navire qui va faire croire à un accueil que nous ne savons plus offrir. C'est inconscient. Il faut arrêter de traiter de racistes les personnes qui ont cette conscience là, que vous n'avez pas ou voulez pas avoir.


Réponse :

Nous avons travaillé à Calais à l'époque de la Jungle, et un article paru alors dans le Figaro détaillait le coût du déploiement de forces de l'ordre, à savoir de 18 unités mobiles, pour empêcher les personnes de s'installer ou de passer. Ce coût s'élevait à 150 000 euros par jour, et prenait seulement en compte les nuitées à l'hôtel et les frais de mission, non l'installation de barbelés et dispositifs de contrôle dans toute la région. Ces missions ont duré un an, ce qui revient à 55 millions d'euros, le coût de 2 navires. C'est de politiques de violence et d'hostilité dont nous n'avons plus les moyens, et qu'il est inconscient de vouloir faire se développer encore, direction que prennent nombre d'États européens comme l'Europe elle-même, avec nos deniers. Ces dépenses somptuaires, largement au-delà de nos moyens, servent en outre à violenter, faire mourir, aggraver la situation sanitaire de personnes, ce qui occasionne des coûts en plus pour la collectivité. Si on met de côté la question morale, il est juste non rationnel, d'un point de vue économique, de choisir l'hostilité. Alors si vous n'êtes pas raciste, vous n'avez aucune raison de ne pas soutenir la création du Navire Avenir.


Intervention 5 :

En secourant des migrants n'êtes vous pas les complices (même à votre corps défendant) des passeurs et des mafias ? Et où débarquerez-vous les rescapés ? Car des ports « sûrs » existent tout le long de la Méditerranée notamment en Tunisie, donc pourquoi ramener les migrants en Europe ?


Réponse :

C'est en construisant des murs que l'on fait le jeu des passeurs : si passer était facile, leur commerce n'aurait plus cours. Quant aux ports sûrs, ça n'est pas sur la côte africaine qu'ils existent pour les exilés qui, en Libye comme en Tunisie par exemple, sont la cible d'une violence extraordinaire. Ces personnes fuient des pays où leur vie est en danger, les ramener dans ces pays c'est les remettre en danger, ce qui est contraire au droit maritime que vous évoquez en parlant de « port sûrs ». Plus exactement, c'est de « lieu sûr » dont il s'agit dans les textes, notion ainsi définie depuis 2004 : « un emplacement où les opérations de sauvetage sont censées prendre fin » et où « la vie des survivants n'est plus menacée ».


Intervention 6 :

N'y a-t-il pas déjà suffisamment de bateaux de sauvetage en Méditerranée pour en ajouter un supplémentaire ?


Réponse :

Ce projet résulte d'un travail mené avec les marins sauveteurs. Il en est sorti qu'il manquait des navires performants, adaptés, conçus pour le sauvetage en haute mer, pour aujourd'hui en mer Méditerranée, comme pour demain dans d'autres mers. Nous avons besoin, nous comme nos enfants, que de tels outils se multiplient : les instabilités mondiales qui s’annoncent exigent de l'humanité qu'elle se dote de tels outils, et de bien d'autres outils sur terre, pour accueillir et prendre soin.


Intervention 7 :

Les pouvoirs publics ont déjà beaucoup de mal à gérer l'afflux de migrants actuel donc à quoi cela sert-il de faciliter l'arrivée de nouveaux migrants si c'est pour les voir finir dans des bidonvilles le long de l'A6, de l'A10 ou du périphérique ? Que deviennent les réfugiés une fois qu’ils sont recueillis ?


Réponse :

On ne peut pas laisser se noyer des personnes au motif qu'elles vivront des temps difficiles après. Mais vous avez raison, ceci exige que sur terre on ne fasse pas subir à ces personnes davantage d'épreuves encore. La violence policière, l'extraordinaire complexité des procédures administratives, les mesures d'enfermement et de reconduites à la frontière, voilà autant de malheurs inutiles, causés sous notre responsabilité, qui coûtent énormément à la collectivité. C'est non « l'afflux » le problème, mais les conditions dans lesquelles nous maintenons celles et ceux qui cherchent refuge, ce qui coûte à la collectivité deux fois des sommes colossales : nous payons les dispositifs de violence et la mobilisation constante de forces de l'ordre en vue de rendre la vie impossible ; nous payons les conséquences de cette violence avec nos hôpitaux, nos prisons, nos systèmes sociaux, sans parler donc des effets terribles, pour tout le monde, de la création de bidonvilles en lisière de nos villes. Construire collectivement un navire, puis des navires, c'est nous engager à renverser cette logique insensée, et c'est nous relier sur le rivage afin de prolonger ce renversement jusque dans nos villes. Mais il faudra bien que les pouvoirs publics enregistrent cette évidence que ce sont les politiques d'hostilité qui sont le problème, non les personnes violentées.


Intervention 8 :

En secourant des personnes en provenance de pays à majorité musulmane ne prend-t-on pas le risque de laisser des terroristes islamistes accoster « tranquillement » et en toute impunité sur nos côtes ?


Réponse :

Il n'est pas condamnable d'être musulman, ce que sont à peu près 2 millions de nos compatriotes, qui ne forment pas 2 millions de terroristes. Nous comptons des assassins, tueurs en série, terroristes parmi les 12 millions de chrétiens catholiques français, ce qui ne fait pas d'un chrétien catholique un criminel. Vous avez néanmoins raison : il y a des terroristes islamistes, et certains prennent les mêmes chemins que les personnes migrantes. Il faut arrêter et condamner ces terroristes, et évidemment pas d'autres personnes au motif qu'elles viennent d'endroits similaires ou qu'elles empruntent un même chemin d'exil.


Intervention 9 :

Tant que des professionnels de la misère agiront sur les conséquences et non sur les causes, non seulement ça n'aidera pas la situation des miséreux, mais en plus ça aggravera notre situation à nous qui devons subventionner ces professionnels, et la prise en charge de ces miséreux !


Réponse :

Aujourd'hui nous sommes collectivement en train de subventionner les causes : le choc climatique, la terreur en Libye, la violence aux frontières, la détresse sur les territoires avec des professionnels de l'action violente que sont certaines compagnies de CRS et gendarmes qui lacèrent des tentes à Calais. Ce à quoi nous travaillons avec le Navire Avenir, c'est à ne pas aggraver les causes du désastre. Mais vous avez raison : il faut agir à tous les niveaux, en mer, en Europe, en Afrique, pour que cesse ce déchaînement de violence qui est un enchaînement d'actes de guerre contre des personnes qui sont seulement en quête d'une vie meilleure.


Intervention 10 :

27 millions ??? Jamais vous ne trouverez une telle somme !


Réponse :

Pourtant cette somme existe. 60 à 80 milliards d'évasion fiscale en France, soit 3 000 navires par an. 23,5 milliards de bénéfices nets en 2022 pour CMA-CGM, armateur marseillais qui pourrait trouver un intérêt financier à ce qu'une flotte s'occupe du sauvetage pour éviter que des navires de frets soient sollicités à perte pour ce faire, soit 870 navires sur une année d'exercice. 5 milliards pour le prochain porte-avions nucléaire français livré en 2036, soit 185 navires pour construire la paix. 840 millions de dons récoltés pour financer les travaux de restauration de Notre-Dame de Paris, soit 31 navires qui pourraient devenir nos cathédrales contemporaines. 790 millions pour construire la Tour Gehry à Arles, antre de la Fondation privée Luma financée à 75% par LVMH grâce aux abattements fiscaux permis par la loi Aillagon, soit 391 millions de crédits d'impôt, soit 15 navires d'intérêt public. 353 millions pour construire un mur anti-migrants en Pologne, soit 11 navires pour tous les réfugiés. 23 millions d'euros récoltés à chaque édition du Loto du Patrimoine, contribution citoyenne créée en 2017 pour prendre soin de nos édifices historiques, soit 1 navire par an, autrement dit 1 bâtiment historique pour les générations futures, à l'inauguration duquel nous déploierons le drapeau de l'UNESCO signifiant qu'il s'agit là d'un patrimoine mondial. Toutes les forces, y compris financières donc, sont là pour construire.


Intervention 11 :

Vous voulez faciliter l'accès au territoire à des personnes qui n'accéderont pas au travail, vous le savez très bien. Votre navire produit la misère économique qu'il prétend combattre, et que nous aurons alors à financer avec notre argent puisque l'aide médicale universelle notamment leur reste ouverte. Votre projet appelle une contribution financière de tous les Français, qui dans leur majorité ne veulent plus de migrants : c'est du racket organisé !


Réponse :

Il est vrai que le taux de chômage est de 15 % chez les personnes migrantes, contre 8 pour l'ensemble de la population française. C'est un défi majeur que de faire en sorte que ces personnes qui désirent travailler y parviennent enfin, contribuant ainsi à l'économie du pays. Évidemment, les politiques de violence ne facilitent pas cela, ni la complexité administrative dont dépend l'obtention de papiers, cruciaux pour travailler. Il s'avère même que l'une des conditions exigées par les préfectures pour l'obtention de papiers est de travailler, ce qui est généralement impossible sans papier ! Tout ceci est ubuesque, et en arriver à ce que seulement 15% des personnes migrantes soient sans travail est inespéré. Nous suggérons donc cela : mettre en place une politique d'accueil digne de ce nom en affectant à ce programme les moyens mobilisés aujourd'hui pour rendre la vie impossible aux personnes migrantes, et créer ainsi les conditions d'une intégration économique de personnes que l'on accuse de ne pas savoir assez bien franchir les obstacles que l'on pose sur leur route. Et nous savons combien, d'un point de vue strictement économique, les bénéfices à en tirer pour la collectivité sont grands : une vaste enquête publiée en 2022 en Espagne sur les régularisations massives de 2005 a démontré que pour chaque travailleur régularisé, les cotisations patronales se sont élevées à 4 000 euros en moyenne. Accueillir bien, et régulariser cette jeunesse désireuse de construire sa vie, est une aubaine pour les finances publiques, et donc pour vous et votre retraite par exemple.


Intervention 12 :

Tous les chiffres le montrent : les migrants sont surreprésentés dans les statistiques de la criminalité et chez les populations carcérales. Voilà à qui vous offrez en plus un voyage gratuit ! Un bateau financé par le Ministère de la Culture pour faire entrer des criminels ! Elle est belle la culture !


Réponse :

Vous avez raison : alors qu'ils représentent moins de 10% de la population, les étrangers représentent 18% des personnes mises en causes par la police et la gendarmerie, et près du double à Paris comme à Lyon. Mais depuis bien longtemps, nous savons que l'explication de cette sur-représentation ne se trouve pas dans l'origine de la personne, mais dans son statut social : c'est la pauvreté qui conduit au délit. L'ancien préfet de Police Didier Lallement, peu connu pour son gauchisme radical, le déclarait en 2022, dans le très néo-libéral quotidien L'Opinion : « La réalité est que, pour ne pas devenir délinquant après être arrivé en France dans des situations chaotiques, il faut être un saint. Des personnes arrivent sur le territoire et n'ont pas le droit de travailler. Qu'ont-elles comme choix ? Subsister grâce à d'autres ressources illégales. On crée les conditions de cette réalité ». Ce sont les conditions d'accueil, et la difficulté d'accès au travail, qui créent le contexte de la criminalité que vous déplorez. Vous semblez vouloir rendre encore plus impossible l'accueil et le travail, et donc créer davantage de criminalité encore, ce dont personne ne veut.


Intervention 13 :

80 % des français sont contre l'immigration subie. En construisant un tel navire vous essayez de transformer cette immigration subie en immigration choisie, mais personne n'est dupe ! Nous ne voulons plus subir !


Réponse :

Nous déplorons toutes et tous que des personnes aient à franchir des mers et risquer leur vie, et donc que des situations politiques et économiques les condamnent à cet exil périlleux. Construire un hôpital flottant sur le chemin ne revient pas à accepter la situation, c'est constater l'ampleur du désastre et mobiliser nos moyens pour y répondre. Un navire ne répondra pas seul, et nous en construirons davantage. Une flotte ne répondra pas seule, et il faudra créer d'autres conditions d’accueil en Europe. D'autres conditions d'accueil en Europe ne suffiront pas, et il faudra nouer d'autres relations avec l'Afrique que celles qui ont prévalu jusqu'alors, de pillage et de mépris. Ne pas faire l'hospitalité mais construire des murs, c'est aggraver la situation et se condamner à subir encore et encore.


Intervention 14 :

À l'heure où le pays s'enflamme sur la retraite, prestation sociale qu'on ne sait plus financer, on accentuerait donc la charge sur notre système en accueillant plus d'immigrés qui profiteront de prestations sociales ! C'est ces mêmes gauchistes qui défendent un projet de navire pour migrants et qui manifestent contre l'augmentation du temps de travail. Ils n'assument donc pas le désastre qu'ils causent ! Y'en a marre.


Réponse :

Vous avez raison de poser la question des conséquences économiques de l'arrivée de personnes migrantes sur le territoire, bien que ça ne soit pas la raison première de la création du Navire Avenir. Mais ça pourrait être un argument, car les travailleurs migrants représentent en 2019 environ 15% des actifs, et cotisent donc, y compris aux caisses de retraites, tout en étant pour beaucoup irréguliers. Au même moment, 60 % des retraites non perçues sont le fait de personnes nées à l'étranger selon la Caisse nationale d'assurance maladie, ce qui est la conséquence d'une loi de 1993, dite loi Pasqua : pour prétendre à la retraite, il faut être régulier. Ce qui se passe est donc l'inverse de ce que vous déplorez : les travailleurs migrants contribuent au financement de votre retraite, mais n'en profitent pas.


Intervention 15 :

Pouvez-vous donner des chiffres précis, réels, incontestables sur cette question des migrants ? Marre des arguments de toutes parts qui ne sont que de l'idéologie. Est-ce qu'on peut savoir de quoi on parle ?


Réponse :

Oui, ça n’est pas inutile en effet de rappeler notamment que, selon les rapports successifs de l'ONU, les mouvements migratoires à l'échelle mondiale ont augmenté de plus de 60% au 21e siècle, ce qui est aussi le cas pour l'Europe, ce qui témoigne d'un siècle frappé par les crises mondiales, comme la crise écologique. En Europe, la France a connu une hausse mineure de ce phénomène : + 36% depuis 2000, alors que c'est + 75% pour l'Allemagne et l'Autriche, + 100% pour le Royaume-Uni, + 171% pour les pays nordiques. En France, le nombre de titres de séjour a augmenté de 38%, et cette augmentation comprend pour plus de la moitié, 54% exactement, des séjours étudiants. En ce qui concerne le regroupement familial, les régularisations de conjoints en particulier, le niveau est très bas : 11 000 titres par an, concernant pour la moitié des personnes déjà sur le territoire depuis 10 ans au moins. Les régularisations à venir dans les secteurs dits « en tension » seront beaucoup moins conséquentes que celles adoptées en Allemagne ou en Espagne récemment. Quant à l'asile stricto sensu, la France a fait l'objet depuis 2014 de 3% des demandes d'asiles globales des Syriens en Europe, contre 53% en Allemagne ; de 4% des Irakiens, contre 48% en Allemagne ; de 8% des Afghans, contre 36% en Allemagne. La France a en outre reçu 18% des demandes de personnes venues de pays sub-sahariens notamment, et en a rejeté près de 75%. L'Europe n'est pas plus, ni moins, concernée par les mouvements migratoires mondiaux, et la France est bien moins concernée que nombre de pays européens. Nous avons en outre beaucoup parlé des 100 000 Ukrainiens accueillis en France au titre de la « protection temporaire », mais ceci ne représente que 4% des exilés hors les pays non limitrophes de l'Ukraine. Quant à l'Obligation de Quitter le Territoire Français, dite OQTF, elle ne s'applique que dans 15% des cas, car les personnes ont droit, heureusement, à des recours devant le Tribunal administratif. Gérald Darmanin le déplorait néanmoins le 2 novembre dernier, dans Le Monde, en ces termes: « Il se passe parfois deux ans avant que la personne ne soit expulsable (…). Il ne faut pas laisser le temps de créer des droits qui viendraient contredire des décisions prises légitimement par les préfectures ». Le Ministre de l'Intérieur en arrive donc à l'argument absurde selon lequel, si l'on n'expulse pas rapidement, la personne s'intègre et n'est donc plus expulsable, puisqu'une OQTF sanctionne notamment la non-intégration d'une personne. Avec le temps donc, le processus d'intégration peut évidemment fonctionner pour des personnes qui, pourtant, ont connu des chemins d'exil extrêmement difficiles. C'est une réponse longue, mais les chiffres sont importants aussi pour gagner un peu de sérénité sur ces sujets.


Intervention 16:

Projet lunaire imaginé par des bobos ! Vous avez l'indécence sans borne, jusqu'à oser styliser le sauvetage.


Réponse :

Le cahier des charges du Navire Avenir a été établi par des marins-sauveteurs, des rescapés et des soignants, ce au fur et à mesure de rencontres et sessions de travail organisées entre septembre 2020 et mars 2023. Il vient tout entier des expériences et des besoins de celles et ceux qui sont sur ce front précis et connaissent donc, mieux que quiconque, ce qui a lieu et ce qu'il convient de construire au devant des drames présents et à venir. Quant au style, c'est un navire-outil, sans équivalent, ce parce qu'il a été précisément dessiné pour répondre aux besoins du sauvetage en haute mer tels que décrits par ces experts. C'est un hôpital flottant très singulier, certes rutilant parce que neuf, un équipement d'un genre nouveau conçu au regard des mouvements migratoires extraordinaires que va connaître le 21e siècle. Il a donc la ligne, et les spécificités techniques, d'un bâtiment pionnier, ce pour épauler le sauvetage.


Intervention 18 :

Tout semble démesuré dans ce projet, la flotte, les échelles, les sommes, les ambitions, le renversement des politiques migratoire ! C'est ridicule de faire autant d'histoires, alors que le sauvetage est élémentaire. On voudrait de la sobriété et de l'humilité.


Réponse :

La sobriété est au cœur du projet architectural du Navire Avenir : c'est un outil épuré, spécifiquement pensé pour le sauvetage en haute mer, pour équiper celles et ceux qui agissent. C'est un projet économe : s'appuyant sur la force du vent, profitant de l'énergie solaire, il ne produit qu'une très faible empreinte carbone. C'est une exception maritime en termes de développement durable, en ce qui concerne les matériaux de construction, l'usage de l'eau à bord, la gestion des déchets. C'est néanmoins, vous avez un raison, un projet extrêmement ambitieux porté par le désir qu'il en soit tout autrement des politiques migratoires européennes : engager un tel chantier c'est faire entendre combien l'hospitalité radicale est la seule voie possible pour l'Europe du 21e siècle. C'est aussi un souffle de cette ampleur qui anime ce projet. Mais ce souffle n'est que l'exacte traduction du désir dont témoignent celles et ceux qui risquent leur vie pour rejoindre les rives de l'Europe : plus que quiconque, elles et ils se font de notre continent une idée extraordinaire. La démesure du Navire Avenir, de la flotte qu'il entend faire advenir, du rivage qu'il entend transformer, est commandée par ces rêveurs colossaux. Mettre en œuvre un tel projet c'est tenter de hisser l'Europe à leur hauteur, et de donner ainsi à notre histoire commune un souffle nouveau, une toute autre splendeur.



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